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Burp Forêts

Forêts

J’ai vu mon premier Wajdi ce soir. Ça s’appelle Forêts et c’est d’une intensité à crever les yeux d’une chèvre.

Par où commencer… Ça dure trois heures quarante minutes (je l’écris en lettres pour que vous saisissiez pleinement la durée), ça met en scène onze magnifiques comédiens qui ont dû se faire violence pendant des mois pour apprendre un texte d’une telle densité, ça se passe sur une période de plus de 100 ans, ça parle de la première guerre, de la tuerie de la Polytechnique, de la chute du mur de Berlin, de la quête de sa propre identité, des liens filiaux, du destin, de la recherche du sens aux choses et aux événements. Comme c’est la mode depuis quelques années, Mouawad a déconstruit la trame narrative de son récit pour nous le livrer en pièces détachées, pièces qui s’imbriquent rapidement au cours des 30 dernières minutes, jusqu’à une fin magistrale et émouvante.

J’ai lu quelques critiques qui disent que Mouawad se répète avec ses thèmes sur la guerre et l’identité, qu’il reprenait dans Littoral et Incendies, semble-t-il, mais n’ayant rien vu de cet auteur auparavant, j’ai plongé tête première dans cet univers fascinant dès les premières minutes pour n’en ressortir qu’une fois debout en train d’applaudir comme un débile.

Là où Forêts frappe fort, c’est dans la beauté et la sensibilité des textes et le jeu intense des comédiens, tous bons, qui rendent leurs lignes comme s’il s’agissait d’un soir de dernière. La deuxième partie de la pièce est particulièrement étourdissante alors que les performances de jeu se succèdent sans temps mort. Reconnaissons le génie de Wajdi Mouawad qui, à travers ses mots et sa mise en scène, a su tirer le meilleur de sa troupe.

Epicure m’a dit que tout est complet pour le reste des représentations. Semble-t-il que des gens de Montréal, frustrés de n’avoir pu voir la pièce dans leur coin, ont fait l’aller-retour au Grand théâtre pour ne pas manquer l’événement Forêts. Je les comprend maintenant. Depuis Le Dortoir de Carbone 14 il y a 15 ans, je ne me souviens pas d’avoir autant tripé au théâtre.

Écrit par Burp le 9 mars 2007  |  Tags:

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