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Epicure La part de l’autre : Eric-Emmanuel Schmitt

La part de l'autre

Vous savez, cette espèce de théorie qui prétend que nos lectures donnent plutôt dans le léger une fois la belle saison arrivée, eh bien c’est faux! Après avoir abordé le thème de la 2è guerre dans Lignes de faille en début d’été, j’ai pousuivi l’exploration du même sujet encore plus en profondeur avec La part de l’autre d’Eric-Emmanuel Schmitt, qui m’a suivi dans mon sac de voyage. Y a pas à dire, on est extrêmement loin d’Oscar et la dame rose!

En se basant sur des bios, des essais historiques et même le tristement célèbre Mein Kampf qu’il a pris la peine de lire, EES raconte deux histoires parallèles du même homme, Adolf Hitler. En fait ce n’est pas vraiment tout-à-fait le même homme. En alternance d’un chapitre à l’autre, EES a pris le parti de raconter deux histoires à partir du “si”. Et si Adolf Hitler avait été accepté aux beaux-arts de Vienne plutôt que d’essuyer un humiliant refus (ce qui a été le lot du véritable Adolf Hitler en 1908)?

À partir de ce principe, on suit le parcours de ces deux hommes jusqu’à leur mort. Leur carrière de jeune artiste, leur service militaire lors de la guerre 14-18 qui sera déterminant pour le plus aigri des deux, leurs choix et déchirements.

EES a réussi le pari de nous faire vivre de l’intérieur la naissance de la folie meurtrière. Ce Hitler qu’on connaît tous un peu mais sans trop oser soupçonner l’ampleur de sa mégalomanie malsaine, nous est présenté sous toutes ses coutures très peu reluisantes. Un être répugnant qu’on vient à détester de plus en plus au fil de notre lecture, et on se prend à craindre qu’un tel personnage puisse encore être porté au pouvoir à quelque part sur la planète.

L’exercice d’EES est fascinant. Cette version du livre comporte d’ailleurs un journal personnel de l’auteur dans lequel il raconte son processus d’écriture et le malaise qu’il a provoqué. Non pas que j’en doutais, mais il y mentionne également que les faits historiques évoqués dans les chapitres consacrés au “vrai” Hitler, ont été validés par quelques historiens, spécialistes de la question, qui ont lu le livre à la demande de son éditeur.

Sujet fort sombre et troublant, mais une façon fort originale de se plonger dans ce pan de notre histoire pas si lointaine. Même longtemps après avoir tourné la dernière page, on se surprend à y repenser et à vouloir en savoir plus sur cette guerre. Ça donne le goût de revoir La chute

Écrit par Epicure le 10 septembre 2007  |  Tags:

4 commentaires

Martin a écrit, le 11 septembre 2007

Je crois que c’est ce livre qui a inspiré un film, plus ou moins réussi, sur la période à Vienne où l’avenir d’Hitler aurait pu prendre une toute autre direction. Moi, de mon côté, je lis un livre sur l’histoire du mur de Berlin (The Berlin Wall, Frederick Taylor). Fascinante lecture.

Zig a écrit, le 11 septembre 2007

Tu me fais signe si tu veux que je te prête Les Bienveillantes. Tant qu’à être dans la IIe guerre…

Patrick Dion a écrit, le 11 septembre 2007

Faut l’avouer, Schmitt a plus d’une histoire dans son sac. Par contre, son côté “je-beurre-littérairement-épais” me donne du fil à retordre pour embarquer à fond dans l’histoire. Tu ne trouves pas?

Epicure a écrit, le 12 septembre 2007

The Berlin Wall, Les Bienveillantes, j’ai pas fini de lire sur des sujets connexes à ce cher Adolf! Pour le moment je crois quand même que pour mon moral je vais prendre un petit break…

Patrick, t’as pas tort quand tu dis qu’il beurre épais. Schmitt frôle dangereusement le trop plein et habituellement ça m’énerve quand les “pas fins” sont pas fins à outrance. Sauf peut-être qu’à cause qu’il s’agit d’Hitler et qu’on aime ça le détester, dans ce cas-ci on dirait que ça m’a moins dérangé.

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