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Burp La voûte : The Bridge

The Bridge
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Patrice chez Centre-ville me contacte par courriel pendant le Festival d’été : “J’ai lu ton billet sur le preview de The Bridge. On l’a reçu, tu devrais voir ça. Plutôt bouleversant”. Aussitôt le festival terminé, je me suis tapé ce film que je n’espérais plus voir.

Le bridge en question, c’est le Golden Gate, attraction majeure de San Francisco pour sa beauté et son statut d’ex-plus grand pont suspendu au monde lors de son inauguration en 1937. Curieusement, le pont exerce également une fascination morbide chez les personnes suicidaires. En effet, le Golden Gate est d’année en année le théâtre du plus grand nombre de suicides pratiqués aux États-Unis. Eric Steel, documentariste, s’est intéressé à ce phénomène d’une façon pour le moins drastique. Il a pointé plusieurs caméras en direction du pont, 12 heures par jour pendant toute l’année 2004 pour filmer la mort en direct. Vingt-quatre personnes sont mortes cette année-là par suicide et l’équipe de tournage a pu en capter la majorité. Steel nous les montre sans pudeur, filmant les protagonistes du début à la fin de leur plongeon. Entre ces scènes extrêmement dérangeantes, on assiste à des entrevues avec les proches des victimes qui tentent de s’expliquer le pourquoi du geste. Évidemment, ça donne lieu à d’autres moments bouleversants.

Le réalisateur s’entretient aussi avec un jeune homme qui a raté sa tentative et c’est là qu’on peut enfin pénétrer l’univers trouble d’une personne suicidaire. Son témoignage est saisissant, je ne vous en dis pas plus. On assiste aussi en direct au “sauvetage” d’une personne par un photographe qui se tenait près de la scène. Voir le gars ramasser par le collet cette jeune femme frêle qui s’apprêtait à sauter m’est restée quelques temps dans la tête. L’histoire ne dit pas cependant si elle y est retournée pour arriver à ses fins (excusez le mauvais jeu de mots).

On s’en doute, le film a suscité la controverse à sa sortie. Certains ont trouvé que le réalisateur avait dépassé les bornes en nous montrant les suicides. D’autres ont trouvé déplacé que le réalisateur ne disait pas aux proches des victimes qu’il les avait vu se tuer lors des entrevues. J’avoue avoir eu un problème avec ce dernier argument jusqu’à ce que je vois le court “making of” compris dans le DVD. On se rend compte que Steel n’aurait jamais pu aller au bout de son projet s’il avait été complètement honnête avec tout le monde. On voit aussi qu’il en est ressorti plutôt ébranlé, tout comme ses caméramen qui racontent leur expérience les yeux baissés et la boule dans la gorge.

Au-delà de son sujet percutant, The Bridge demeure un fort beau film, à la fois surréaliste et poétique. La musique, douce et mélancolique, appuie magnifiquement les images d’un pont si bien filmé qu’on comprend presque le pouvoir d’attraction qu’il exerce chez ceux et celles qui y voient leur ultime destination. J’ai adoré ce film pour cette dernière raison, pour les questions qu’il suscite et pour le courage et la tenacité d’un cinéaste complètement fou d’attaquer de cette façon un sujet encore tabou de nos jours.

Écrit par Burp le 21 juillet 2007  |  Tags: ,

8 commentaires

Denissss a écrit, le 23 juillet 2007

Burp j’ai vu le film mais pas encore les extras et je dois dire que c’est très boulversant. Ouf le jour où je passerai sur ce pont je crois que j’aurai tendance à regarder à certains endroits en particulier et à revoir des visages dans ma tête. Je n’en dis pas plus…

Yvan L a écrit, le 23 juillet 2007

Y a-t’il des suggestions de réponse dans le film à la question: Pourquoi ce pont exerce-t’il une telle attirance pour les suicidaires?

Burp a écrit, le 23 juillet 2007

@ Yvan : non, pas vraiment. Je dirais cependant qu’il semble extrêmement facile d’enjamber la rampe et de plonger. L’obstacle n’est vraiment pas infranchissable. Ajoute à cela le bassin de population des environs et le taux d’”efficacité” d’une chute d’un aussi grand pont et tu as un bon élément de réponse. La notoriété de l’endroit y est peut-être pour quelque chose aussi.

Martine a écrit, le 24 juillet 2007

Vous m’avez rappelé que je voulais ajouter ce film à ma liste Zip.ca

En passant, j’ai habité pendant 8 ans à San Francisco, mais j’ai toujours refusé de traverser ce pont…

Yvan L a écrit, le 24 juillet 2007

Merci.
J’ignorais tout de ce pont à part son existence. Sombre secret révélé qu’il me faudra visionner.

Korostope a écrit, le 25 juillet 2007

Imaginez l’angoisse des caméramans chaque fois qu’un type se penchait innocemment un peu trop longtemps pour mater en bas! L’horreur…

Yvan L a écrit, le 25 juillet 2007

En effet Korostope. C’est assez “dark” merci cette affaire de Golden Gate. Ça doit être tout un “thrill” de le marcher au complet un soir de plein lune avec de la musique appropriée.
Le pont d’or vers la mort…
Ça donne froid dans l’dos.Une chute aussi longue pour frapper l’eau c’est comme frapper un mur de béton à cent à l’heure. Paf. Résultats garantis.

Voyez, je commence déjà à être hypnotisé…;)
Sans blague, probablement un des meilleurs documentaires de l’année.

Fleury a écrit, le 16 août 2007

Très bonne question ! Pourquoi en être fasciné ?
Là dessus, les analystes ont des choses à dire. Ce que vous avez vous même mis en avant: il y a quelque chose de beau dans ce film. La Beauté, nous la considérons comme une pellicule qui enrobe l’objet. Cela indique pour nous un réel qui lui est vide. Donc, le beau est un voile posé sur rien. Ce qui est le cas du pont: nous voyons des actes, mais aucune signification ne peut être produite sur le sens de ces actes. La preuve: les réalisateurs sont obligé de recourir au témoignage des proches.
Mais la nausée n’est pas loin.
J’ai été très impressionné par ce film et j’aurais aimé connaitre un peu plus d’informatique pour pouvoir le charger sur mon blog.
Les articles disponibles sur le net au sujet des suicides sur ce pont sont aussi très intéressants.
Cordialement.

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