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L’âge des ténèbres
Déroulement de tapis rouge à Québec ce soir, présentation en avant-première du film québécois le plus attendu depuis-que-les-méchantes-critiques-lui-sont-tombées-dessus : L’âge des ténèbres de Denys Arcand.
Vrai de vrai tapis bien rouge à part ça, car en plus des artisans du film, le Premier Ministre et sa suite trônaient à la place d’honneur. Naturellement ma star d’un soir à moi n’était pas Jean Charest mais bien Marc Labrèche! Il n’a pris la parole que pour quelques phrases mais aurait bien pu citer sa liste d’épicerie que je l’aurais trouvé tout aussi sublime! Quel homme! Aucune objectivité qui ne tienne ici, c’est un être à part qui frôle le génie, rien de moins! (en plus on vient d’annoncer son retour à la télé pour janvier avec une nouvelle émission, 3600 secondes d’extase, ça promet!)
Trève de MarcLabrècheries et parlons du principal sujet de ce billet, L’âge des ténèbres c’est bon ou pas?
*** Roulements de tambour ***
Eh bien oui c’est bon! Sans vouloir trop vendre de punchs, un film qui commence avec Rufus qui chante, ça ne peut pas être si mauvais. Faut dire aussi qu’avec les rumeurs qu’on entend depuis Cannes, on est tellement sur nos gardes avant de voir le film qu’on finit par passer un bon moment en se disant que c’était pas mal moins pire que la catastrophe annoncée.
Un peu sur le même principe de la dénonciation de notre piètre système de santé dans Les Invasions Barbares, LADT s’attaque à la bureaucratie gouvernementale. Cet univers bureaucratique est le pivot autour duquel gravite un simple fonctionnaire (Marc Labrèche - excellent, vraiment!) dont l’existence banale et pathétique le force à s’évader dans ses fantasmes pour trouver un semblant de sens à sa vie. On alterne entre son ménage qui bat de l’aile, son travail qui le rend fou, sa mère gravement malade et son monde imaginaire où il puise son unique réconfort.
Sombre mais teinté d’humour, on est bien dans l’univers de Denys Arcand. Ses messages ne passent pas toujours très subtilement, mais personnellement je vis bien avec ça. La moitié du botin de l’union des artistes se retrouve à l’écran donc plusieurs scènes font sourire par leur casting, et on comprend facilement pourquoi les européens n’ont pu apprécier ces scènes de la même façon. D’ailleurs on reconnaît parfois aussi des personnages puisés dans ses films précédents, de subtils clins d’oeil au Déclin ou à Jésus de Montréal.
Non ce n’est pas le meilleur film de Denys Arcand mais c’est une coche au-dessus de la moyenne de ce que nous propose notre cinématographie. C’est loin toutefois d’être sans défaut. Il y a des longueurs, quelques gags trop faciles et on cogne un peu trop sur certains clous.
Le film sort le 7 décembre, le mieux c’est d’aller vous faire votre propre opinion plutôt que de vous fier sur celle des autres…
Belle initiative, on a décidé de présenter un court-métrage (mini-court-métrage) en première partie de programme pour toutes les représentations de LADT au Québec. Il s’agit du film L’amendement de Kevin Papatie, un jeune algonquin de la communauté Kitcisakik, réalisé dans le cadre du projet de la Wapikoni Mobile dont il avait été question lors de la visite de Manon Barbeau à Tout le monde en parle l’an dernier. Pas besoin de vous dire que Kevin Papatie était plutôt fier et ému de présenter son film avant celui de Denys Arcand. Juste de le voir si content ce soir, ça justifie l’initiative. Cool!

Robert R. a écrit, le 9 décembre 2007
L’Âge des Ténèbres est une oeuvre très profonde. Denys Arcand nous y présente, avec un humour soutenu et dans quelques scènes déchirantes (notamment, lorsque le héros se trouve en présence de sa mère), la société québécoise telle qu’elle est : vide, dépourvue de vision, sans but, n’allant nulle part, sans avenir donc et où rien ne va plus ; bref, décadente et en pleine décomposition. Par moments, Arcand me semble mener une charge presque caricaturale, avec l’air de demander : « Est-ce assez ? Voyez-vous ? Avez-vous entendu ? Comprenez-vous ? Mais enfin, que vous faut-il de plus pour comprendre ? ». Certains penseront à l’illustre « Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves ? », qu’on leur lancerait de nouveau au visage !
Je n’ai aucun mal à croire que très généralement, ce film ait déplu et qu’il continue de déplaire. À quoi bon avoir créé cette œuvre si ceux à qui elle s’adresse avaient déjà tout compris ?
Arcand n’inscrit pas moins L’Âge des Ténèbres dans son contexte universel, par le sentiment sûr, clairement exprimé, d’un retour à l’époque des croisades et des guerres des religions, ainsi que d’une « folle » nostalgie, pour ainsi dire, de l’amour courtois.
Quand tout a été montré, au-delà du désespoir, au seuil de l’anéantissement, c’est au moyen d’images d’une grande beauté qu’Arcand semble nous inviter à réinventer, par des gestes fondateurs, les plus humbles qui soient, l’essentiel de la vie : un art de vivre et d’aimer.
L’œuvre émeut, pour peu qu’on s’y arrête.