Vues sur l'actualité et la scène culturelle
De Québec, du Québec et d'ailleurs.
L’histoire? Un détail…
Privée de journal du matin (je l’ai déjà expliqué ici, pas de camelot pour La Presse dans notre lointain Beauport), c’est mon écran qui accompagne mon café du samedi. Je viens de terminer un article de Télérama qui me sidère, même si je sais très bien que c’est comme ça que ça marche dans le merveilleux monde du cinéma.
L’article en question traite du rôle quasi accessoire des scénaristes dans le processus qui entoure un film. Je suis d’accord qu’on peut être conquis par un réalisateur de renom, charmé par une actrice exceptionnelle, mais d’abord et avant tout il faut que l’histoire racontée soit intéressante et ça c’est la job du (de la!) scénariste. Même si ça semble une évidence qu’une bonne histoire fait le succès d’un film, le travail du scénariste reste dans l’ombre plus souvent qu’autrement et ce dernier n’empoche pas grand chose des millions investis.
…Le métier de producteur est sous-estimé, celui de réalisateur surévalué, et celui de scénariste, seul praticien du cinéma à ne pas disposer d’une carte professionnelle, carrément déconsidéré. En France, le budget dévolu à l’écriture d’un film en dit long sur ce manque de reconnaissance … le coût du scénario … ne représenterait plus aujourd’hui qu’à peine 2 % du budget total des films (contre 10 % au début des années 60 et 8 % actuellement aux Etats-Unis)…
2 %! La responsabilité d’écrire une histoire qui se tient avec des rebondissements, des personnages crédibles, une intrigue intelligente, une touche d’humour, une conclusion satisfaisante et tout le tralala, ça vaut 2 % du budget en France et 8 % aux États-Unis! Et ici? Sûrement pas beaucoup plus… Ce n’est qu’un survol, mais l’article rend bien compte de cette réalité complètement absurde. Mes hommages à 2 scénaristes blogueuses qui persistent malgré tout.
Martine a écrit, le 21 octobre 2006
“Pour avoir les coudées plus franches, certains scénaristes, las d’être les éternels accoucheurs des idées du réalisateur (ou du producteur), rêvent d’être à l’initiative d’un film, d’en proposer le sujet original. Mais au pays de la politique des auteurs, cela reste pour l’heure un vÅ“u pieu.”
Amen. ;-)
C’est vrai que les scénaristes canadiens sont représentés par des associations: la WGC pour les textes en anglais et la SARTEC pour ceux en français écrits au Québec. Les scénaristes sont payés un montant de base, que le film se fasse ou non. Un cachet de production, basé sur un pourcentage du budget total du film, est versé au scénariste au premier jour de tournage… si le film est tourné. Et il y a très peu de films tournés au Québec…
Sam a dit: “Il faut savoir que le salaire du scénariste est quand même souvent plus élevé que celui du producteur (pas la compagnie).”
Le concept est assez théorique puisque le niveau de vie du producteur est souvent davantage déterminé par le succès de sa compagnie que par le salaire parfois “symbolique” qu’il/elle prévoit dans le planning financier. Et je ne suis pas du tout certaine que les scénaristes québécois soient payés l’équivalent d’un des acteurs principaux. Peut-être quelques scénaristes d’ici mais je ne crois pas que ce soit la moyenne.
Le cinéma québécois est encore un cinéma d’auteur et ceux qui poussent leur carrière jusqu’à la réalisation ont davantage envie de travailler sur leurs propres idées que sur celles des autres. Je ne peux pas les blâmer mais je rêve de connaître un jour une belle collaboration étroite avec un réalisateur ou une réalisatrice avec qui je formerais une véritable équipe, du début de l’écriture à la fin du montage. Il faut bien rêver…
En attendant, on se tourne vers la télé! Meilleur salaire, meilleure notoriété et plus de contrôle pour le scénariste.
Sam a écrit, le 23 octobre 2006
Bien d’accord avec les commentaires de Martine. Je lui souhaite d’ailleurs un jour de pondre son scénario original qui sera projeté sur grand écran.
Elle a tout à fait raison quand elle mentionne que le cinéma québécois est d’abord et avant tout basé sur un cinéma d’auteur. Malgré les deux ou trois films à grand succès annuels des dernières années qui sont souvent écrit par des scénaristes non-réalisateurs, il faut admettre qu’encore aujourd’hui, la grande majorité de nos films sont écrits par des réalisateurs.
Le concept de travailler en groupe avec un scénariste, un réalisateur et un producteur est encore tout nouveau au Québec.
Martine a également raison de dire que les producteurs bénéficient du succès de leurs entreprise (s’ils en sont les actionnaires). Comme les scénaristes, si nous ne faisons pas partis des quelques gros noms de l’industrie, nous devons travailler fort pour nous faire reconnaitre. C’est également une question de choix. Ceux qui veulent faire plus d’argent, et bien ils font aussi de la télé. C’est d’ailleurs pourquoi je ne me suis jamais plain de mon sort. J’aime ce que je fais, les films que je produit et les gens avec qui je travaille.
Ça ne nous empêche pas de commencer à développer comme tout le monde des projets plus commerciaux. Le succès au box-office n’apporte généralement pas beaucoup plus au producteur, mais la grosseur des budgets de productions oui.
En effet, la part du producteur est toujours déterminé par rapport à la grosseur du budget. Pour ce qui est des recettes, après que l’exploitant de salles ait pris sa part, le distributeur sa commission, qu’il ait également récupéré l’argent investie, il reste une petite part au producteur qu’il doit distribuer aux différents investisseurs, donner leurs part aux scénaristes et réalisateurs…. il ne reste plus grand chose. C’est pourquoi je dis que le producteur dépend totalement de ses budgets de productions. S’il ne tourne pas, il n’a pas de salaire. Ce n’est pas une question de box office.
Tout cela étant dis, vivement le jour où nos scénaristes auront toutes liberté de créer et laisser aller leurs imagination sans contraintes. Ça va juste nous faire des meilleurs histoires à raconter. Martine, tu travailles avec d’autres producteurs aussi?
Fernando Manzo a écrit, le 10 octobre 2007
Salut à vous!Je suis en scénariste en formation.J’ai presque fini mon cour de scénarisation.Je voulais savoir une chose.Combient gagne un scénariste qui débute(amateur)tout comme moi pour un premier scénario au Québec?Merci d’avance
bye

Sam a écrit, le 21 octobre 2006
Bonjour Burp, Très bon commentaire sur les scénaristes. Martine et Chroniques Blondes vont certainement pouvoir t’en dire plus, mais voici mon point de vue de producteur (nous ne sommes pas tous pareil).
Premièrement, au Québec, les scénaristes font partis d’un syndicat et pour la plupart, ils ont des agents qui négocient pour eux. Je crois qu’en ce moment, le minimum que nous devons payer aux scénaristes, c’est 2,5% des coûts de production et de post-production. De plus, ils ont souvent droit au même pourcentage des recettes net du producteur (donc généralement rien ou très peu).
Est-ce que c’est peu? Peut-être, mais il faut regarder ça dans sa globalité aussi. Comparer la situation actuelle aux années 60 est inutile parce que la réalité à tellement changé. Tellement d’éléments nouveaux se sont ajoutés dans les budgets que c’est juste normal que la part de tout le monde ait diminuée.
Il faut savoir que le salaire du scénariste est quand même souvent plus élevé que celui du producteur (pas la compagnie). C’est également souvent équivalent à celui d’un des acteurs principaux. De plus, une grande partie du salaire du scénariste est garanti, même si le film ne se tourne pas. Donc c’est le principal salaire qui est versé “à risque” par le producteur. Un producteur doit en règle général développer plusieurs projets pour espérer en voir un seul être produit. C’est une somme d’investissement colossal et heureusement que nous avons certaines aides des institutions.
Compte tenu de tout cela, je serais bien pour payer plus nos scénaristes, dans la mesure que nous le pouvons. Mais comme les budgets aux différentes institutions ne progressent pas, c’est difficile de demande plus aux producteurs. (La nouvelle aide concentie par le gouvernement provincial ne peut être distribuée au développement). Surtout si c’est un scénariste qui aide au financement d’un film. Je suis sûr que Ken Scott (La Grande Séduction, Maurice Richard…) doit être payer assez cher puisque son seul nom attaché à un projet facilite grandement le financement d’un film. C’est donc la même chose que pour les acteurs et les réalisateurs. Nous les producteurs, nous sommes les premiers à sabrer dans notre salaire quand vient le temps de couper dans le budget.
Voilà mon grain de sel, mais j’ai hâte de lire nos deux scénaristes-blogueuses.