Vues sur l'actualité et la scène culturelle
De Québec, du Québec et d'ailleurs.
Soie, le film

J’ai pas lu Soie ze book mais paraît-il que c’en est tout un. Alors la fébrilité y était en ce soir d’avant-première la semaine dernière. Même François Girard, le réalisateur, s’était déplacé pour venir nous présenter son premier film depuis Le Violon rouge, il y a près de 10 ans.
Je m’attendais avec Soie à un film visuellement très beau, au rhythme très lent et à l’interprétation sans reproche. Finalement, deux sur trois c’est pas si mal. Si vous aimez les beaux paysages, vous serez servi pour les trois prochaines années. Girard filme l’hiver japonais dans tout ce qu’il a de gracieux à offrir. D’ailleurs, vous trouvez pas que la neige passe admirablement à la caméra? J’aimerais en voir plus souvent (à l’écran, s’entend!). Les scènes en campagne française sont aussi très belles. Girard a une sensibilité très nette pour la beauté à son état naturel, c’est évident.
On m’avait dit que Soie était un roman contemplatif et cet aspect est reproduit fidèlement dans le film. Hervé Joncour, le personnage principal, est davantage un observateur qu’un acteur dans ce qui se déroule sous nos yeux. Ça donne lieu à de longues scènes avec très peu de dialogues. Ça marche? Plutôt, oui. La photo est si belle qu’on ne s’ennuie que très rarement. Ça, ça veut dire qu’on s’ennuie parfois. Quelques plans s’étirent en longueur et le réalisateur joue un peu avec notre capacité d’absorption.
Mais ce n’est rien à côté du casting un peu désolant de Michael Pitt dans le rôle crucial de Joncour. Michael Pitt en Kurt Cobain catatonique à la fin de sa vie (Last Days), ça peut toujours aller, mais en jeune homme plein d’ambition, amoureux, aventurier et tourmenté, ça non. En tout cas pas avec son éternel regard complètement vide et dénué de toute émotion. Je comprend que la tâche n’était pas de tout repos mais l’acteur ne nous laisse aucun choix dès les premières minutes : il nous est tout à fait antipathique. Heureusement, Keira Knightley et Alfred Molina sauvent la distribution avec d’excellentes performances.
Dommage, car Soie est passé tout près de la grande réussite. On se rend compte cependant que le défi était de taille. On ne pourra accuser François Girard de faire dans la facilité et rien que pour sa témérité, Soie vaut la peine d’être vu. Au cinéma. Pour l’ampleur et la poésie de ses images et la très belle musique de Ryuichi Sakamoto.

Rocklapin a écrit, le 26 septembre 2007
cette si belle neige est une production de studio ex centris.
bon je parle trops de ma job ;p